Quand voter ne suffit plus : la question du vote blanc !
De nombreux pays reconnaissent et prennent en compte le vote blanc de manière officielle, soit comme un vote “valide“ ou “non exprimé mais comptabilisé“, soit avec un effet juridique sur le résultat (référendum, annulation, etc.).
Ces pays comptabilisent clairement le vote blanc et il peut peser dans le résultat ou les règles du scrutin :
– Espagne : Le vote blanc est considéré comme un vote valide pour tous les scrutins ;
– Pays‑Bas : Le scrutin blanc est compté comme un vote valide, mais les sièges sont répartis sur les seuls votes « exprimés »
– Suède : Le vote blanc est reconnu ; il compte surtout pour les référendums, et peut faire échouer une proposition si le « blanc » obtient la majorité absolue
– Suisse : Les bulletins blancs sont comptabilisés dans les élections majoritaires et participent au calcul de la majorité absolue au premier tour
– Uruguay : Le vote blanc est pris en compte pour la majorité absolue au premier tour de l’élection présidentielle (il peut obliger un second tour).
– Mauritanie : Le « vote neutre » (blanc) est reconnu par la loi et compté comme un vote valide dans le décompte des voix
– Mongolie : Pour l’élection présidentielle, un candidat doit obtenir la majorité absolue des suffrages, votes blancs compris, ce qui rend un vote blanc… politiquement efficace
Certains pays décomptent le vote blanc, mais il reste sans incidence sur le résultat (il ne modifie pas élus, majorités ou seuils) : Belgique, Allemagne, Royaume-Uni. Les votes blancs sont souvent comptabilisés, mais ignorés pour la répartition des sièges ou la désignation des élus.
Le seul pays qui prend en compte le vote blanc, influence l’élection et peut invalider le résultat est le Pérou. Au deuxième tour le candidat ayant le plus de suffrages doit avoir un pourcentage plus élevé que le perdant auquel on ajoute le pourcentage des votes blancs.
Mais en France, le vote blanc n’est même pas inclus dans les “suffrages exprimés”, il n’a aucune conséquence juridique directe sur le résultat des élections (ni sur la désignation des élus, ni sur les seuils de majorité).
Conséquences juridiques (ou absence de conséquences)
Les bulletins blancs sont décomptés séparément des votes nuls, mais ne comptent pas pour la majorité absolue des suffrages exprimés (par exemple pour l’élection présidentielle ou les législatives).
Ils n’influent ni sur les seuils (seconde ronde, proportionnelle, etc.) ni sur la répartition des sièges : même avec 40 ou 50% de votes blancs, l’élection reste validée et le candidat le mieux placé est élu normalement.
Effets politiques et symboliques
Le vote blanc sert surtout de signal politique ; il montre une forme de désaccord avec les candidats, sans pour autant faire obstacle à leur élection.
Certains auteurs estiment que son non‑effet contribue à nourrir le désintérêt et la défiance envers la démocratie élective, car les électeurs ne perçoivent pas de répercussion concrète de leur choix. Alors que le vote blanc représente l’une des expressions les plus exigeantes de la démocratie : celle d’un citoyen qui participe, mais refuse les options proposées.
Ce que changerait une vraie prise en compte
Si le vote blanc entrait dans les suffrages exprimés, cela pourrait :
– rendre l’élection au premier tour plus difficile (majorité absolue plus élevée) ;
– dans certains systèmes, conduire à un nouveau scrutin si les blancs l’emportaient.
En résumé, le vote blanc en France produit surtout un effet symbolique (mesurer le rejet des candidats) mais aucun effet technique sur le résultat juridique de l’élection.
En ce qui concerne les Présidentielles (Cf. Art. 7 de la Constitution : «le Président est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés»), deux effets possibles de la non assimilation des bulletins blancs aux suffrages exprimés évitent :
- de rendre l’élection plus difficile au premier tour
- de ne pouvoir invalider au 2ème tour, l’élection du candidat qui n’aurait pas plus de voix que son adversaire, augmentées par les bulletins blancs.
Effets sur les partis politiques
Le vote blanc sert de signal de défiance : un nombre élevé de votes blancs indique que beaucoup de Français ne se reconnaissent ni dans les candidats ni dans leurs programmes, mais cela ne modifie pas le résultat ni ne pénalise directement les partis.
En pratique, certains partis ignorent ce signal (car cela ne change rien au siège ou au mandat), alors que d’autres l’interprètent comme un appel à se renouveler, à changer de discours ou à faire émerger de nouveaux candidats.
Le vote blanc ne bloquant pas une élection ou un candidat, il encourage plutôt la création de nouveaux courants ou listes (voire la montée des extrêmes) que la réforme des partis existants.
Comment réparer ?
- Une proposition ou projet de loi à l’Assemblée nationale ou au Sénat ; l’adoption ensuite par la majorité de l’Assemblée, puis par le Sénat, puis la promulgation.
- Des textes de ce type ont déjà été déposés (par exemple : proposition de loi reconnaissant le vote blanc et instaurant le vote obligatoire), mais sans aboutir.
- Mettre la pression politique et citoyenne car pour imposer un changement, il faut que cela devienne une revendication politiquement forte :
- Campagnes de sensibilisation (associations, réseaux sociaux, meetings, pétitions) pour expliquer que le vote blanc sert de « veto populaire » potentiel si la loi le permet.
- Mobilisation autour des élections : demander aux candidats de signer des engagements de soutenir une loi sur le vote blanc, ou de faire du vote blanc un sujet de débat.
- Pression sur les parlementaires : courriers, pétitions, réunions de sections AMAP / associations / comités citoyens pour que des députés ou sénateurs portent ou soutiennent une proposition de loi. Utiliser les outils participatifs existants tels que consultations citoyennes ou à des conventions citoyennes (en lien avec les collectivités ou avec l’État) pour inscrire la reconnaissance du vote blanc comme une revendication structurante.
- Proposer des réformes locales dans des collectivités (par exemple des communes ou régions) qui multiplient les expériences de vote blanc et de débats, afin de créer un «laboratoire» de pratiques avant la réforme nationale.
En résumé, on ne peut pas « imposer » directement au pays, mais on peut structurer une pression politique et juridique forte pour qu’un texte de loi intègre les votes blancs dans le calcul des suffrages exprimés et leur donne un effet : annulation de l’élection au‑delà d’un seuil, comme c’est le cas aujourd’hui au Pérou.
C’est précisément ce risque de rejet qui pourrait inciter les partis et leurs candidats à proposer d’emblée une offre politique lisible, crédible, et en phase avec les attentes des Français.
Cela suppose une mobilisation citoyenne, le soutien de parlementaires et une réforme législative aboutie, qui réponde à la question simple suivante : veut-on une démocratie confortable pour ceux qui gouvernent, ou une démocratie exigeante, fidèle à ce que les citoyens expriment réellement ?
Reconnaître le vote blanc et lui donner un effet sur le résultat des élections serait clairement un acte de courage politique, un courage qui, force est de le constater, fait défaut depuis beaucoup trop d’années.
Et si notre prochain président osait inscrire cet objectif dans son programme de campagne, une première en Europe ?
Associer son nom à la reconnaissance du vote blanc, que tant d’électeurs appellent de leurs vœux, serait un signal fort.
Tribune par Marie-Pierre
