Quand “le peuple” devient un slogan : les dérives du populisme en France.

Diorama en papier découpé et papier-mâché illustrant le contraste entre le populisme et le débat raisonné. À gauche, une foule agitée avec un leader sur une estrade sous des monstres d'ombre, brandissant des slogans comme « Le peuple c'est nous ». À droite, un groupe de personnages en origami assis calmement à des bureaux, symbolisant la réflexion et le dialogue, le tout sur un fond blanc épuré.

Le mot « populisme » plonge ses racines dans le latin populus, signifiant “le peuple”, auquel s’ajoute le suffixe -isme. Dès le XIXᵉ siècle, il sert à désigner des courants anti-élitistes, comme en Russie dans les années 1880-1890. Mais au-delà de son origine, le populisme se comprend surtout comme une manière particulière de voir et de raconter le politique.

Au cœur de cette vision se trouve une opposition structurante : un « peuple » présenté comme uni et vertueux face à des “élites” jugées corrompues, déconnectées ou oppressives. À cette lecture s’ajoute une revendication forte de souveraineté populaire, selon laquelle la volonté du peuple devrait primer sur les institutions représentatives, souvent perçues avec méfiance.

Le populisme se reconnaît également à son style : un langage simple, des slogans percutants, un appel direct aux émotions et une utilisation efficace des médias pour toucher un large public. Il ne constitue toutefois pas une idéologie unique : il peut s’exprimer à droite comme à gauche, ou encore sous des formes « anti-système » plus difficiles à classer.

Objet de débats chez les chercheurs, le populisme est tour à tour défini comme une idéologie ou comme une stratégie politique. Il soulève enfin des inquiétudes, notamment en raison de sa tendance à simplifier des enjeux complexes, à personnaliser le pouvoir et à fragiliser le pluralisme démocratique.

En somme, le populisme se caractérise par une logique de division entre “le peuple” et “les élites”, et par sa capacité à mobiliser un sentiment d’appartenance collective, adaptable à des contextes politiques très variés.

Doris : Aujourd’hui, quand on parle des problèmes concrets et des souffrances des Français au quotidien, on est vite assigné “populiste”. Le mot est alors utilisé de façon péjorative, associé à de la démagogie et au réveil des bas instincts du peuple. Dire tout haut ce que la majorité silencieuse n’ose plus exprimer, le dire avec détermination et en défendant les valeurs de la République, n’a rien de négatif, c’est un droit et un devoir. Parler des sujets urgents pour le quotidien des Français et ouvrir le débat pour une vision du futur, font progresser notre société.

Dans cet article, je souhaite dénoncer le désordre orchestré des uns et des autres, s’accusant mutuellement de populiste de droite ou de gauche. Crier ou hurler plutôt que de débattre avec des arguments ne sert à rien d’autre, que cacher les manœuvres politiciennes, au détriment de ceux qu’ils prétendent défendre et représenter.
Il ne s’agit pas de populisme, mais d’agitation des foules. Et l’agitation des foules n’a jamais rien fait d’autre que réveiller les monstres des moments les plus sombres de l’histoire.

Cependant, le populisme en politique a subi des transformations dans l’histoire. 

Ses débuts se situent en Russie dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. Des intellectuels des villes partaient à la rencontre des villages et des hameaux les plus retirés dans le but de politiser la population rurale. Ils étaient à l’origine du socialisme en Russie, mais leur influence n’était pas seulement politique, ils donnaient aussi naissance à un style culturel, littéraire surtout. Le populisme d’alors, consiste à :

  • exprimer la façon de vivre, les sentiments, les souffrances et les valeurs du peuple
  • aider à trouver des solutions, faire évoluer la société.

Mais le dernier mot n’appartiendra pas à ces premiers populistes. L’idée, l’intention initiale, sera étouffée dans un premier temps par les bolcheviks, puis piétinée, déformée, utilisée par des forces qui s’avérèrent violentes et obscures. Le bolchevisme, qui a englouti et écrasé tous les mouvements progressistes en Russie ; le national-socialisme qui a glorifié les classes populaires en Allemagne et les a exploitées comme base électorale, le fascisme de Mussolini, basé sur la mystification du peuple, dont il n’était pas le représentant, mais une incarnation. Et depuis les années 50, les extrêmes de tous bords déploient leur stratégie en prétendant parler au nom du peuple, alors qu’en vérité, ils parlent à sa place.

Nous devons être vigilants face aux dérives du populisme, qui se lient à la direction d’un mouvement populaire. Le danger n’est pas le populisme, mais son instrumentalisation par des partis politiques ou des groupes sectaires à des fins de manipulation de l’opinion publique. Quand on entend certaines figures centrales du débat public s’accuser de populisme de droite ou de gauche, les sonnettes d’alarmes doivent sonner. Les besoins du peuple et le ressenti populaire ne sont pas de gauche ou de droite, ce sont des questions d’intérêt général. Les valeurs de citoyenneté ne sont ni de droite, ni de gauche, c’est un bien commun. Mais cette différenciation, à l’aide de la démagogie et d’une stratégie pour chauffer les émotions jusqu’à l’excès, est l’outil parfait pour dresser les citoyens, les uns contre les autres, amplifier le communautarisme et déchaîner les violences. 

Les dérives du populisme maintiennent un statu quo, alors qu’il y a tellement de choses à dire et à faire, face à une classe politicienne déconnectée de la réalité que vivent les Français. Il ne faut pas s’interdire le mot populisme, mais il faut le revendiquer à sa juste place et lui redonner un sens et de la valeur. Ce qui menace notre République, n’est pas “la voix du peuple”, c’est le mépris, l’incompréhension et l’indifférence qu’on lui montre.

Le vacarme, le chaos et la violence sont parfaitement organisés par ceux qui ne sont que des agitateurs de foules. Et, pendant que l’on gère le désordre, on met de côté les vrais enjeux de la société : rassembler, apaiser et vivre ensemble. 

Être populiste, c’est : 

  • écouter les citoyens, 
  • être proche d’eux et parmi eux, 
  • les respecter, 
  • être sensible à leurs souffrances et leurs problèmes, 
  • les rassembler au lieu de les diviser, 
  • et surtout, trouver une amélioration, faire avancer les choses. 

Mais le populisme, défini ainsi, demande bien plus d’engagement et de courage qu’une simple agitation.