France : le patriotisme confisqué !

Diorama en papier mâché et origami représentant Marianne, figure allégorique française, assise avec tristesse sur un banc de pierre dans une rue déserte et pluvieuse, un drapeau français plié à ses pieds. Style artisanal, texture de papier froissé et peinture à la gouache.

Le patriotisme désigne l’attachement, l’amour et la fidélité que l’on porte à sa patrie, c’est-à-dire à son pays, à son histoire, à sa culture, à ses valeurs et à son peuple.

Il se manifeste par le désir de préserver ce qui constitue l’identité d’une nation et de contribuer à son bien commun. Le patriotisme peut s’exprimer de nombreuses façons : respect des symboles nationaux, engagement citoyen, solidarité entre compatriotes, défense du pays, valorisation de la langue, de l’histoire ou des traditions.

Le mot vient du latin patria, qui signifie « terre des pères » ou « pays natal ».

Le patriotisme ne signifie pas considérer son pays comme supérieur aux autres. Dans sa définition classique, il renvoie surtout à un sentiment d’appartenance et de responsabilité envers la nation. Il se distingue ainsi du nationalisme puisqu’il ne cherche pas à exclure, dominer ou mépriser les autres peuples.

Marc : J’ai le sentiment que dans la plupart des pays du monde, aimer son pays est un comportement qui va de soi, qui relève d’un sentiment simple, presque banal. Car être patriote, c’est être fier de son drapeau, de son hymne, de sa culture, de ses traditions. C’est être fier des belles pages de son histoire, sans esquiver pour autant celles plus sombres dont les générations actuelles ne sont d’ailleurs en rien coupables. Rien de plus naturel, en somme.

Partout, ou presque, il est admis qu’aimer son pays ne fait pas de vous un extrémiste.

Et puis il y a la France…

Chez nous, le patriotisme semble être devenu un sentiment compliqué. Il gêne, il interroge, parfois même, il inquiète. Dire aujourd’hui que l’on est fier de son pays peut susciter des soupçons. Comme s’il fallait immédiatement se justifier, préciser, nuancer, presque s’en excuser.

Comment en est-on arrivé là ?

Est-ce le poids de notre histoire, des traces laissées par certains régimes lors de la dernière guerre mondiale, des blessures infligées par la colonisation qui justifieraient, selon certains, une repentance éternelle ? Est ce contexte qui aurait installé dans notre inconscient collectif une méfiance durable envers toute forme d’exaltation nationale. 

Cette prudence pourrait paraître compréhensible, si elle n’avait pas fini par produire dans notre pays un effet inattendu, savamment entretenu par certains clans politiques : un amalgame diffus entre patriotisme et nationalisme.

Le patriotisme est l’expression d’un attachement fort et sincère à son pays, que l’on manifeste sans distinction de classe sociale ou d’origine. Il rapproche et soude les individus dans un même élan. Être patriote n’interdit pas que l’on puisse critiquer son pays, sans pour autant le renier, car souhaiter des améliorations est une source indéniable de progrès. On devrait légitimement considérer que le patriotisme relève d’un sentiment noble, ouvert et constructif.

Le nationalisme, quant à  lui, relève plutôt d’une idéologie et va bien au-delà du patriotisme. Dans cette idéologie, on considère que son pays est supérieur aux autres, on met au premier plan les intérêts nationaux, quitte à ce que ce soit au détriment des autres, pouvant aller jusqu’à une forme de rejet de “l’étranger”, au sens large. Il traduit le plus souvent un sentiment de fermeture aux autres, et d’exclusion, voire de supériorité.

Bref, là où l’un rassemble, l’autre oppose.

Pourtant, dans le débat public français, les deux sentiments sont trop souvent amalgamés, souvent à dessein.

Car certains courants politiques entretiennent volontairement cette ambiguïté à des fins politiciennes : c’est un moyen pour eux de générer un clivage entre les individus.

Et vous, quelle est votre perception sur ce sujet ?

Peut être avez vous des témoignages, un vécu, qui confirment ou infirment mon ressenti.

Doris: je vais ajouter mes impressions sur ce sujet passionnant avec mon regard des deux côtés de la frontière franco-allemande. À mon arrivée en France, j’avais l’impression que le patriotisme était naturel et facile à aborder, contrairement à l’Allemagne à la même époque. Mais plus je me suis intégrée et plus j’ai découvert la France, je me suis rendue compte que ce n’est absolument pas le cas. Et en voyageant un peu en Europe, je me suis aperçu, que derrière ce que l’on observe de l’extérieur, est parfois plus douloureux à l’intérieur. 

Le poids de l’histoire joue un rôle, ou plutôt la façon dont les générations précédentes ont géré le souvenir des pages sombres. Je partage entièrement la description du patriotisme de Marc, et je rajoute le devoir de la mémoire (mémoire, pas culpabilité). Quand la gestion du passé par les citoyens de l’époque était difficile, incomplète ou contient trop de non-dits, ça laisse des traces pour le futur. 

Mais historiquement le malaise du patriotisme et son amalgame avec un nationalisme malsain est antérieur au 20ᵉ siècle. À mon avis, c’est lié à l’éveil des nations en Europe. Il ne faut pas oublier que le nationalisme était à l’origine un mouvement de libération de l’aristocratie : ne plus servir un roi ou un duc, mais la nation ; s’unir derrière des symboles (drapeau, hymne) au lieu d’un monarque. Ensuite les esprits libres furent souvent écrasés par d’autres forces révolutionnaires, avec des idées nobles en apparence, et avec des méthodes brutales même contre ceux qui se considéraient auparavant du même bord. 

Je reviens sur l’expression utilisée plus haut du nationalisme malsain, qui en réalité est un nationalisme détourné. Bien que les chants de ses premiers nationalistes appellent à la suprématie, ce n’est pas dirigé contre une force étrangère : c’étaient pour donner la priorité à la nation au détriment de la monarchie, l’unité nationale versus l’éclatement en un puzzle de principautés. Le détournement a eu lieu plus tard, avec l’émergence de l’impérialisme, suivi du totalitarisme. Le malaise du patriotisme trouve pour moi son origine dans le détournement, la politisation et la violation du nationalisme, comme si une sorte de mémoire collective nous inflige aujourd’hui de la retenue, voire de la pudeur envers ces mots.

Quand on est mal à l’aise face aux symboles de la nation et au mot patriotisme, et en même temps pas assez renforcé dans ses convictions et ses connaissances de notre histoire, on a tendance à laisser un vide, qui ne reste jamais longtemps inoccupé. Et si des voix raisonnables n’interviennent pas, ce sont les extrémistes, qui prennent toute la place, ce qui nous rend encore plus mal à l’aise. 

Caroline : Pour clore ce sujet, on ne peut plus délicat aujourd’hui, voici une petite liste hors de France, sur la façon dont les autres pays dans le monde, transmettent la fierté de leur pays.

Exemple de patriotisme au quotidien dans le monde (hors France)

Le patriotisme ne se limite pas aux grands discours, aux cérémonies officielles ou aux symboles nationaux. Dans de nombreux pays, il s’exprime de manière discrète, à travers des gestes simples et des comportements intégrés à la vie quotidienne. Ces formes de patriotisme reflètent les valeurs culturelles, sociales et historiques propres à chaque nation.

Aux États-Unis, le patriotisme est souvent visible et assumé. Il se manifeste par l’affichage du drapeau devant les maisons, la récitation du serment d’allégeance à l’école, ou encore le fait de se lever pour chanter l’hymne national lors d’événements sportifs. Les fêtes nationales sont également largement célébrées dans l’espace public, renforçant le sentiment d’appartenance collective.

Au Japon, le patriotisme prend une forme plus discrète et collective. Il s’exprime à travers le respect des règles, le soin apporté aux espaces communs et la participation à la vie du groupe. Par exemple, les élèves nettoient eux-mêmes leurs salles de classe. Cette attitude traduit un attachement profond à l’harmonie sociale et au bien commun.

En Allemagne, le patriotisme est souvent lié au sens des responsabilités civiques. Trier ses déchets, respecter les règles, être ponctuel et privilégier les produits locaux sont autant de manières de contribuer au bon fonctionnement de la société. Il s’agit d’un patriotisme sobre, centré sur l’efficacité et la rigueur.

En Inde, le patriotisme est étroitement lié à la culture et aux traditions. Il se manifeste par le respect des symboles nationaux, la célébration des fêtes historiques, mais aussi par l’attachement aux langues, aux coutumes et aux valeurs familiales. Le respect des aînés en est une expression importante.

Au Brésil, le patriotisme est souvent joyeux et expressif. Il s’incarne dans le sport, notamment le football, où le soutien à l’équipe nationale devient un véritable moment de communion. Les couleurs du pays sont portées avec fierté, et les grandes célébrations culturelles participent à renforcer l’identité nationale.

En Chine, le patriotisme est fortement encouragé par l’éducation et les institutions. Il se traduit par la participation à des cérémonies officielles, la valorisation des produits nationaux et un attachement marqué à l’unité du pays. Il s’inscrit dans une vision collective et structurée de la nation.

Au Royaume-Uni, le patriotisme est souvent lié à l’histoire et aux traditions. Il se manifeste par le respect des institutions, notamment la monarchie, ainsi que par la participation à des commémorations nationales. Des gestes simples, comme le port du coquelicot en mémoire des anciens combattants, témoignent de cet attachement.

Ainsi, le patriotisme ne s’exprime pas de manière uniforme à travers le monde. Il peut être visible ou discret, individuel ou collectif, émotionnel ou civique. Mais dans tous les cas, il traduit un lien entre l’individu et la communauté nationale, souvent à travers des actes simples du quotidien.

Marie Pierre : Le patriotisme est une forme de “fierté tranquille” plus qu’une affirmation triomphante comme certains veulent l’en habiller.

Respecter et aimer son pays, son Histoire, sa langue, ses coutumes, ses valeurs, cela ressemble étrangement à l’amour que l’on porte à nos parents et nos enfants, mêlé de fierté et de tendresse ; le patriotisme est le berceau de nos premiers souvenirs et ceux de nos ancêtres. Cette empreinte qui, malgré notre universalisme, reste indélébile. 

Le patriotisme, c’est respecter sa patrie comme on est censé aimer sa Mère et le ventre d’où l’on sort. Un attachement qui, au-delà des désaccords, garantit fidélité et reconnaissance. Un attachement qui ne tolère aucun irrespect ou souillure ou destruction.

Un attachement inscrit dans le marbre et la douceur de l’âme.

Caroline : J’en profite pour transmettre un petit témoignage concernant une conversation, que j’ai partagé, un jour, sur un réseau audio, à laquelle des citoyens de tous pays participaient. On y parlait de la situation en France entre autres. Et plusieurs voix ont questionné et fait la remarque suivante : “Pourquoi en France, avez-vous autant honte de votre pays ? Vue de l’extérieur, on ne comprend pas pourquoi les français semblent cacher leurs symboles d’appartenance à leur pays, vous êtes les seuls à faire ça…”
Cette révélation fut un choc !