Les réseaux sociaux, les enfants et les ados : quelle est notre responsabilité de parents ? 

Stéphanie : Devons-nous accompagner et être présent lorsque nos enfants et ados découvrent les réseaux sociaux ?

De nos jours, les réseaux sociaux font partie intégrante de notre monde, de notre mode de vie. Aucun parents ne peut ignorer les impacts sociétaux et identitaires qui accompagnent nos jeunes à travers les réseaux sociaux.

Lorsque nos jeunes s’exposent, ils ouvrent la porte de leur intimité à la vue de millions de personnes qui ne sont pas toutes bienveillantes, et qui ont la possibilité de les suivre 24 heures sur 24, ne pouvant plus se mettre à l’abri lorsqu’ils en ont besoin.

Nous sommes responsables de :
– pouvoir fermer les bonnes portes,
– les prévenir des leurres qui inondent les réseaux,
– préserver leur bon sens et leur esprit critique,
pour que jamais, ils ne se sentent aspirés par l’immensité de la machine infernale que représente les réseaux sociaux.

Marie-Pierre : il faut vivre avec son temps, mais rester guide et encadrer. Aucun laxisme ou côté permissif ne devraient avoir droit de cité dans ce phénomène moderne qui ouvre une fenêtre sur le monde et tout ce qu’il recèle comme recoins obscurs et pervers.
Comme pour toutes découvertes et apprentissages, les enfants ont besoin d’un cadre et de liberté, mais limitée pour en expérimenter les dangers et explorer les côtés positifs.

Les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place centrale dans la vie des adolescents, avec à la fois des fonctions de lien social et d’expression, mais aussi des risques réels pour le sommeil, l’estime de soi et la santé mentale lorsqu’ils sont utilisés de façon intensive ou non encadrée. L’enjeu n’est pas tant de les interdire que d’apprendre à les utiliser de manière saine et critique.

Le temps d’écran explose : en France, les 6–17 ans passent en moyenne plus de 4 heures par jour devant un écran hors temps scolaire, et les 13–19 ans sont passés d’environ 4h20 à 5h10 par jour en quelques années. Le sommeil est perturbé : couchers plus tardifs, difficultés d’endormissement et sommeil de moins bonne qualité, ce qui augmente le risque d’anxiété et de symptômes dépressifs. Des études associent un usage problématique des réseaux à plus de troubles anxio-dépressifs, d’isolement, de pensées suicidaires et de comportements à risque (cyberharcèlement, violence, consommation de substances).

Les signes d’alerte chez un ado qui ont été remarqués sont la chute du sommeil réparateur, l’irritabilité marquée si l’on coupe l’accès, la baisse des résultats scolaires ou décrochage, le repli social hors ligne, la dévalorisation de soi liée aux comparaisons avec des corps/vies « parfaits », l’anxiété ou humeur dépressive qui s’aggrave avec l’usage des réseaux.

Il faut donc poser un cadre clair au niveau des heures sans écran (repas, avant de dormir), du téléphone hors de la chambre la nuit avec des limites de durée quotidiennes raisonnables et discutées.

Gilles : Il y aurait tellement à dire, mais si nous devions transposer nos vécus avec l’avant et leur présent, qu’est-ce qui serait différent alors que nous-mêmes, avons connu cette vie sans écran ?

J’écris ce texte pour dire que nous avons succombé très facilement et trop rapidement aux réseaux sociaux, car nous y avons vu une évolution à ce qu’étaient les relations d’avant. J’ai connu les échanges et les très belles amitiés et certaines perdurent encore aujourd’hui et pourtant, ce qui était génial pour moi dans ces belles relations humaines s’est transformé parce que j’ai adhéré à tous ces réseaux. J’ai été happé par le phénomène moderne et l’excuse était que certains de mes amis sont éloignés et ça devenait pratique.

Messenger permettait les échanges avec mes amis de Tahiti et c’était le pied, c’était magique. Donc oui, j’ai cru en cette évolution et aujourd’hui, le piège s’est refermé sur nos enfants. Oui, nous avons contribué à cela pensant que ce serait mieux. Alors l’idée première est intéressante, mais hélas, ça a été dévoyé pour de mauvaises raisons y compris en politique. L’état veut légiférer, quand les politiques eux-mêmes bafouent la liberté d’expression et là, d’un coup d’un seul, les réseaux seraient mauvais ? Ils le sont, mais pas entièrement, il y a du bon et du mauvais. C’est sans doute là que nous devons impérativement gérer ce qui empêcherait un développement normal dans les relations, c’est-à-dire garder à l’esprit que le monde sans réseau existait et que l’on était plus humain dans nos amitiés et rencontres. Mais les réseaux existent et il faut s’adapter à leur gestion pour protéger nos enfants d’un monde sans scrupules et d’un monde déconnecté de la réalité dans lequel nous n’avons que peu de limites.

Oui les enfants sont en danger plus qu’auparavant, concernant le harcèlement par exemple. Mais pour ma part, l’état ne fait pas des lois d’interdiction au moins de 15 ans pour les protéger, mais pour transformer une soi-disant loi en censure à venir. Ils généralisent la problématique et invoquent des prétextes pour y arriver. Ingérences étrangères, désinformations, etc. L’état lui-même désinforme selon ce qu’il souhaite obtenir et avec la règle européenne DSA, ils vont aller bien plus loin. Oui, protégeons nos enfants, mais non à cette excuse que le gouvernement utilise.

Soyons des parents responsables et à l’écoute de nos enfants, les réseaux oui et non, donner des limites utiles et ainsi, je pense qu’il sera possible de discerner le mauvais du bien dans ces réseaux auxquels on a à faire et rester prudent au fil du temps.

Marie-pierre : tu as bien raison Gilles de parler également des années 2000 et de faire la comparaison. Je me souviens d’une amie qui m’avait dit de me méfier, car me connaissant, si j’y mettais le doigt, j’y plongerais inévitablement. C’était en 2006 j’avais créé un blog sur lequel je déposais des articles, des faits de société et des écrits personnels. J’y ai fait de très belles rencontres avec qui je suis toujours amie, virtuelle certes mais fidèles et proches les unes des autres par le biais de Facebook.

J’ai assisté à cette dérive depuis 20 ans et vu, horrifiée, ce que sont devenus les échanges sur les réseaux : des discours virulents, haineux, intolérants ; une basse-cour où tout est permis. Je n’y trouve plus de plaisir et je suis donc passée sur Instagram. Cette rapidité d’infos, cet accès à une multitude de pages susceptibles d’intéresser le scrolleur lamba de l’art, à l’actualité en passant par les recettes de cuisine, les bonnes idées, le très à la mode développement personnel etc, ont un pouvoir attractif et grisant.

Nous avons le recul suffisant et nous restons vigilants puisque adultes et avec l’expérience d’une vie sans réseaux sociaux, voire sans internet.
Lectrice assidue de la presse écrite et d’en moyenne 3 bouquins par mois ; je suis passée à 3 bouquins par an !!!! C’est un constat triste quand on y songe et mon amie avait été visionnaire et réaliste quant à mon addiction

Alors quel recul peuvent avoir les jeunes face à cette foisonnante source d’informations et de découvertes avec sa contrepartie dangereuse et perverse… C’est là où entre en jeu évidemment le rôle de l’adulte et des parents.
On peut donc déduire que si l’on pose un cadre et que l’on explique clairement et posément pourquoi il est nécessaire, on influence positivement nos enfants vers une prise de conscience salutaire et vers une autonomie et responsabilité futures non négligeables.

De nos jours, l’enfant est roi, les parents démissionnaires, tout va très vite, et leur désintérêt du monde réel devient proportionnel à leur manque de patience et de curiosité. Exposés à des vies idéalisées, leur esprit critique et la structure de la pensée objective disparaissent et font place à la comparaison et à la frustration ; la réflexion et l’expression s’appauvrissent également.

Plus les contenus sont illimités plus la pensée se réduit avec pour conséquence une perte des repères et notamment ceux du bien et du mal, du pertinent et du loufoque, du vrai et du faux.

Enfin au niveau physiologique du cerveau et des synapses, il a été démontré une reconfiguration des habitudes cognitives : recherche de nouveauté, tolérance plus faible à l’ennui, réflexe de réponse rapide, et difficulté accrue à soutenir un effort mental prolongé.

Outre les dangers immédiats cyberharcèlement, suicide, troubles addictifs et du sommeil et de l’humeur, à long terme peut-on craindre que les réseaux reconfigurent également les circuits neuronaux en activant des récepteurs et en en inhibant d’autres ?

Une gageure sociétale et scientifique.