3’59” : ce qui nous est cher n’est pas invincible !
Vous savez, les amis, dans l’Histoire, la majorité n’a presque jamais empêché le pire, même lorsqu’elle était pacifique, même lorsqu’elle était silencieusement raisonnable.
Pourquoi ?
Parce qu’elle a toujours cru que, parce qu’elle était majoritaire, il ne pouvait rien lui arriver.
Et pourtant, ce n’est jamais ainsi que les choses se passent.
Ce qui fait basculer un pays, un groupe, une institution, ce n’est pas la masse tranquille.
C’est la minorité agissante.
C’est la minorité déterminée.
C’est la minorité qui avance pendant que la majorité commente.
Quand on relit l’Histoire, on voit toujours la même chose :
ce n’est pas seulement la violence des minorités qui fait le désastre,
c’est le confort des majorités.
C’est leur silence.
C’est leur certitude paresseuse que ce qu’elles aiment est trop solide pour tomber.
Et nous, républicains que nous sommes attachés à la République une et indivisible, aux droits de l’homme, à l’égalité, à la laïcité, à ce socle commun qui permet de vivre ensemble, nous sommes souvent tombés dans ce piège.
Nous avons cru que tout cela était acquis.
Que ce n’était pas la peine de le défendre.
Que c’était là, installé pour toujours, comme un vieux chêne impossible à déraciner.
Mais ce n’est pas vrai.
Rien de cela n’est acquis.
Rien de cela n’est indestructible.
Et pendant que nous nous comportons comme les héritiers distraits d’un trésor immense, d’autres, en face, avancent avec aplomb, avec méthode, avec détermination.
Eux défendent les pires idées avec une énergie totale.
Ils défendent la fracture, la division, le ressentiment, le chaos.
Et nous, nous n’oserions pas défendre avec la même force ce qui rend possible la paix civile ?
Nous n’oserions pas défendre avec courage ce qui fait tenir un pays debout ?
Nous n’oserions pas défendre avec fierté l’égalité, la liberté, la cohésion nationale, la fraternité républicaine ?
La vérité, c’est que le problème, ce n’est pas seulement eux.
Le problème, c’est aussi nous.
Notre lenteur.
Notre prudence excessive.
Notre habitude de regarder au lieu d’occuper le terrain.
Regardez ce qu’il se passe :
Ceux qui ont pour volonté de mettre à mal notre République, sont partout.
Dans les cages d’escalier, dans les universités, dans les syndicats, dans les associations, dans les mairies, dans les partis, à l’Assemblée.
Ils avancent, ils occupent, ils imposent, ils infiltrent.
Et nous, qu’est-ce qu’on fait ?
On commente, stupéfaits, comme si le simple fait d’être majoritaires dans le pays suffisait à nous protéger.
Mais non.
Ce n’est pas le nombre silencieux qui protège.
C’est le nombre qui se lève.
Alors quand, dans la Tribu, certains demandent :
“Que peut-on faire ?”
La réponse, au fond, est simple.
La première chose à faire, c’est d’être le nombre.
Le nombre conscient.
Le nombre assumé.
Le nombre debout.
Le nombre qui cesse d’avoir honte de défendre ce qui lui est cher.
Nous n’avons pas besoin de chercher des actions spectaculaires pour nous donner l’illusion d’exister.
Nous ne sommes ni un centre aéré, ni un club de macramé, ni un cercle de bavardage sympathique.
Nous sommes un rempart.
Nous sommes une présence.
Nous sommes une résistance civique.
Notre première force, c’est le nombre.
Notre deuxième force, c’est la constance.
Être là.
Tenir.
Occuper le terrain.
Montrer que nous existons.
Montrer que nous sommes attachés à nos valeurs.
Montrer que nous avons compris qu’elles sont belles, oui, mais surtout fragiles.
Parce que ce qui fissure notre bien commun fissure aussi notre cohésion.
Ce qui attaque nos principes attaque aussi notre communauté nationale.
Et ce qui abîme aujourd’hui notre cadre commun prépare le désordre de demain, pour nous, mais surtout pour nos enfants.
Voilà ce qu’il faut comprendre :
en face, ils ont compris depuis longtemps que la présence fait la force.
Et nous, nous avons trop longtemps cru que la solidité de nos principes nous dispenserait de les défendre.
C’est faux.
Ce qui nous est cher n’est pas invincible.
Ce qui nous est cher est menacé.
Et si nous ne devenons pas, nous aussi, une force visible, nombreuse, ferme et tranquille, alors d’autres prendront toute la place.
Et comme toujours dans l’Histoire, ce ne sera pas parce qu’ils étaient les plus nombreux.
Ce sera parce qu’ils étaient les plus déterminés.