Enseignement morale et civique : une matière devenue taboue ?

Illustration sur un tableau noir montrant la formule d'Einstein E=mc² suivie d'un signe 'inférieur à' rouge pointant vers l'acronyme EMC (Éducation Morale et Civique). Le décor est complété par des croquis d'engrenages et des calculs mathématiques complexes en arrière-plan.

Doris : En Allemagne les cours d’enseignement politique ou de sociologie (j’ai eu les deux, en alternance, une année sur deux), débutent dès l’entrée dans le secondaire. Le nombre de cours dépend du type d’enseignement secondaire et du département. Pour ma part, c’était le lycée et deux heures de cours hebdomadaires. Les cours étaient périodiquement accompagnés par des activités complémentaires et semi-volontaires (semi, parce que le lycée proposait de temps en temps des groupes de travail dans différents domaines, il fallait en choisir un). Concernant ces projets complémentaires, il s’agissait très souvent d’exposés sur un thème choisi, exemple : “Qu’est-ce que la citoyenneté ?” ou “Quelles sont les valeurs de la République ?”.

Les cours en politique ou sociologie étaient élaborés en étroite collaboration avec d’autres spécialités, notamment l’histoire et la philosophie. Au programme :

  • Questions d’actualité et de citoyenneté
  • l’histoire des deux Allemagnes
  • L’histoire de la constitution 
  • Les valeurs, comme la tolérance, la fraternité etc.

Une autre partie très importante était l’organisation d’un débat autour d’un sujet :

  • Analyse d’un problème 
  • Recherche d’informations 
  • Vérifications des sources
  • Développement de son argumentation 
  • Débattre en classe, avec recherche d’une conclusion commune, ou alors la mise en évidence des divergences.

En conclusion, je pense que l’enseignement civique en Allemagne est réussie. Il mène à l’ouverture d’esprit, l’esprit critique et la citoyenneté avec ses droits et ses devoirs. Les élèves cheminent vers les valeurs et les principes du vivre ensemble, on leur ouvre la voie.

Alexandra : ½ heure par semaine : C’est le temps officiellement consacré à l’enseignement moral et civique (EMC) en lycée professionnel. Une demi-heure à peine pour former des citoyens éclairés. Le constat pourrait prêter à sourire s’il n’était pas révélateur d’une réalité plus large : celle d’un enseignement relégué aux marges, comme tant d’autres disciplines dans ces filières 1 heure de français, 1 heure d’histoire-géographie en CAP. 

Et pourtant, l’EMC n’est pas une matière accessoire. Elle est confiée aux professeurs d’histoire-géographie, formés à en transmettre les contenus et les enjeux. Les manuels eux-mêmes en témoignent, structurés en trois volets : histoire, géographie, EMC. Sur le papier, tout semble en place.

Dans les faits, une autre logique s’impose. L’EMC devient visible, presque essentielle, à l’approche des examens : en 3ᵉ pour le DNB, en terminale CAP, en terminale pour le baccalauréat. Parce qu’elle est évaluée, elle est alors enseignée, approfondie, travaillée. Faut-il en conclure qu’une discipline n’existe vraiment que lorsqu’elle compte dans une note finale ?

Car l’EMC est, par nature, transversale. Elle devrait irriguer l’ensemble des enseignements, nourrir les débats, structurer les échanges, accompagner la formation intellectuelle et morale des élèves. Chaque enseignant peut s’en saisir. Mais entre pouvoir et vouloir, il y a un écart parfois abyssal.

Et pourtant, sur le terrain, des initiatives existent. Des enseignants, y compris parmi les plus jeunes, s’engagent avec conviction. Dans certains territoires, notamment ruraux comme le Gard ou le Gers, les élèves apprennent la Marseillaise, participent aux commémorations, s’approprient les symboles et les valeurs de la République. Là, l’EMC ne se limite pas à un horaire : elle devient expérience.

Faut-il y voir un “effet campagne” ? Une école plus ancrée dans son territoire, plus proche des rites collectifs ? La question mérite d’être posée. Car en creux se dessine une autre réalité : celle d’une possible fracture entre une école des villes et une école des champs, entre des élèves pour qui la citoyenneté reste abstraite et d’autres qui la vivent concrètement.

Alors, l’EMC est-elle une priorité ou une variable d’ajustement ? Tant qu’elle dépendra davantage des examens que d’une ambition éducative claire, tant qu’elle reposera sur l’engagement individuel plutôt que sur un cadre réellement structurant, la question restera ouverte.

Former des citoyens ne peut pas être une option. Encore faut-il s’en donner le temps — et surtout, la volonté.

Le ministère définit l’EMC comme un enseignement visant :

  • l’acquisition d’une culture morale et civique ;
  • le développement de l’esprit critique ;
  • la compréhension des droits et devoirs du citoyen ;
  • l’apprentissage du débat démocratique ;
  • la transmission des valeurs de la République :
    • liberté,
    • égalité,
    • fraternité,
    • laïcité,
    • respect de la dignité humaine,
    • refus des discriminations,
    • égalité femmes-hommes,
    • solidarité.

L’objectif affiché est de former des élèves capables :

  • de penser par eux-mêmes,
  • d’argumenter,
  • de vérifier l’information,
  • de participer à la vie démocratique,
  • et de comprendre les grands enjeux contemporains (numérique, médias, environnement, discriminations, institutions, engagement citoyen).