Le débat démocratique ? Il n’y a plus débat !
Le débat démocratique est l’un des piliers de la République. Malheureusement, il est perturbé par des excès agressifs depuis longtemps. Au lieu de contribuer à clarifier et à résoudre les problèmes sociaux et sociétaux, il crée la confusion collective. Les voix de la raison sont étouffées par le bruit et le tumulte, comme ce fut le cas lors de la première campagne présidentielle d’Emmanuel Macron : son programme – ni de gauche ni de droite, où tout le monde s’unit pour le bien de la République – s’est perdu au milieu du vacarme de la foule et du candidat lui-même.
Une nouvelle tendance obscurcit aujourd’hui le débat politique : l’accusation selon laquelle une personne ou un mouvement serait fasciste. Cela élève automatiquement la partie accusatrice au rang des bons défenseurs d’une cause noble, la lutte antifasciste. Les relations complexes et les visions d’avenir sont simplifiées jusqu’au grotesque au nom d’une cause commune, créant des fractures douloureuses et irréparables. Ceux qui qualifient tout et son contraire de fascisme n’érigent pas de barrières contre l’extrémisme de droite, mais contre le dialogue démocratique. Lorsque les foules hurlent, les voix discrètes de la raison deviennent inaudibles. Quand un débat équilibré n’est plus possible, les institutions de la république perdent leur crédibilité.
Le débat démocratique souffre aujourd’hui de divers symptômes :
Une simplification grotesque de questions complexes, souvent sous prétexte de les rendre compréhensibles à tous
Des débordements émotionnels excessifs
Un manque de bon sens
Absence d’analyse et de sources vérifiables
Un manque d’esprit critique
Intolérance et affirmations fermées sans recherche de compromis
Il est souvent pour le moins pénible, mais parfois même impossible, de suivre un débat télévisé. Ceux qui parlent le plus fort et interrompent le plus se font entendre, mais ne sont pas pour autant compréhensibles. Il y a un manque flagrant d’échange de différents points de vue et de contradiction argumentée. Le débat démocratique perd son sens initial – l’analyse de problèmes sociétaux et les solutions possibles – et se heurte à un mur.
Le débat républicain, fondé sur des principes et des valeurs, devrait être au centre de la vie en société, il est essentiel pour le quotidien d’un pays démocratique. Il doit être basé sur l’écoute, la tolérance, le respect, des contradictions et des compromis. Il ne s’agit pas non plus de jeter la faute uniquement sur les acteurs connus du débat public. Regardons autour de nous, et les exemples sont multiples. Les discussions en petits groupes ou dans les familles dégénèrent et, au lieu de contribuer au “vivre ensemble”, creusent les fossés entre les uns et les autres.
C’est étonnant et triste de constater que dans un État comme la France, avec une société dite libre, le débat public s’étouffe. Il est pris en otage dans le vacarme des politiciens, qui ne jouent plus le jeu de la démocratie, ni du populisme, mais celui de la démagogie et de la propagande. Dans une société fracturée et sous tension, les politiques soufflent sur les braises. Car, comme chacun sait, la colère empêche la pensée structurée et efficace et de fait, l’analyse des incohérences et inconsistances de nos dirigeants.
“La colère rend aveugle”
Tribune par
Doris
