Quand le ver est dans la pomme… épisode 3.
“C’est l’histoire de Chouiner Risty, Tendre Chwenille, Belle Garoiry et le bedeau, Vulcogo…
Saltimbanques, ils allaient de village en village, chercher pain et fromage. Mais, de volonté peu recommandable, ils avaient un camouflage : incarner des valeurs fortes, passer pour bons samaritains. Derrière leurs discours bien rodés se cachaient bien d’autres velléités.
Ils se présentaient comme indispensables, irréprochables, feignant fraternité et soutien. Mais ce vernis n’a pas tenu fort longtemps et leurs comportements trahirent leurs intentions : s’imposer sans légitimité, s’imaginer des rôles, détourner l’énergie du village à leur profit ; volonté de contrôle, de domination et, au fond,…. Très peu de fond !
Ordres injustifiés, critiques infondées, sautes d’humeur… tout devenait prétexte à exister, à créer conflits, à tenter de diviser. Leur besoin d’importance prenait le pas sur l’intérêt collectif. Ils ne construisaient rien : ils perturbaient, ils divisaient, ils s’imposaient.
Jusqu’au jour où…
Il fallut les chasser ! Ils ont bien essayé de se venger en diffusant calomnies, fausses réalités, puis cherchèrent à nuire à ce qu’ils n’ont pas su respecter. Ni respect, ni sincérité, ni esprit d’équipe, valeurs qu’ils n’ont jamais réellement incarnées. Leur stratégie fut révélée : tenter d’exister par la destruction de ce qu’ils ne pouvaient pas contrôler, salir, discréditer, calomnier…
Mais la réalité, elle, ne souffre pas d’écrans de fumée : un groupe solide ne se construit pas sur le bruit, la manipulation ou l’ego. Il se construit sur des actes, de la cohérence, et des valeurs bien ancrées.”
Par cette petite histoire, il est simple de comprendre qu’il suffit parfois de très peu de personnages pour déstabiliser un village, une association citoyenne, une équipe en entreprise, un mouvement engagé… Tous peuvent être fragilisés, non par un manque de compétences ou de motivation, mais par la présence de personnalités que nous qualifierons de manipulatrices ou toxiques. Leur nombre est souvent faible. Leur impact, lui, peut être considérable.
Ces individus ne se repèrent pas immédiatement, ou par très peu de gens. Ils s’insèrent, observent, s’adaptent. Au départ, ils peuvent même séduire par leur implication apparente, leur discours convaincant ou leur capacité à capter l’attention. Mais progressivement, quelque chose change. L’atmosphère se modifie. Une tension diffuse s’installe. Les échanges deviennent plus lourds, les malentendus plus fréquents, les alliances plus floues.
Floues, mais pas impossible à distinguer : un appel, un message, une tentative de manipulation à la mauvaise personne suffit à débusquer les incohérences.
Ce qui caractérise ces personnalités, ce n’est pas seulement un comportement difficile. C’est une dynamique relationnelle fondée sur le contrôle, la division et, souvent, une insécurité profonde qu’ils tentent de compenser. Ils soufflent le chaud et le froid, valorisent puis dénigrent, créent des sous-groupes, alimentent les doutes. Ils excellent dans l’art de déplacer les responsabilités, de semer la confusion, et de détourner l’énergie du collectif vers des conflits internes.
Dans un groupe engagé — notamment dans une initiative citoyenne — cela a des conséquences particulièrement délétères. L’énergie qui devrait être consacrée à l’action est progressivement aspirée par la gestion des tensions. On discute plus des personnes que des projets. On se méfie davantage. La spontanéité disparaît. L’élan initial s’effrite. Les bonnes volontés se mettent en retrait et la situation devient de plus en plus claire… il y a un “ver dans la pomme”, il faut sécuriser la situation avant qu’il ne soit trop tard.
Lorsqu’ils sont identifiés, un autre phénomène apparaît : la vigilance permanente. Le groupe, ou ses leaders, se retrouvent à consacrer un temps précieux à anticiper leurs réactions, à décoder leurs propos, à tenter de limiter leur influence. Cette forme de “surveillance psychique” est épuisante. Elle détourne des objectifs initiaux et installe une fatigue collective insidieuse. Dès que les langues se délient, tout concorde, les doutes se lèvent, les petites manigances se transforment en scenarii, on ne peut plus clairs.
Et puis vient le moment de la mise à distance, voire de l’exclusion. Décision rarement simple, souvent longuement mûrie. Mais nécessaire pour préserver le collectif. C’est alors que peut émerger une autre facette : la nuisance post-exclusion. Nourris par un sentiment d’injustice, voire de rejet, ces individus peuvent chercher à discréditer le groupe, à semer le doute à l’extérieur, ou à poursuivre le conflit autrement. Leur blessure narcissique devient motrice d’attaques parfois virulentes.
Face à cela, plusieurs repères peuvent soutenir le collectif :
D’abord, reconnaître que ce phénomène existe. Il ne s’agit ni de paranoïa, ni d’un échec. Toute dynamique humaine attire aussi des personnalités en difficulté relationnelle.
Ensuite, clarifier les cadres. Des règles explicites, une gouvernance transparente, des espaces de parole régulés permettent de limiter les zones floues dans lesquelles ces dynamiques prospèrent.
Il est également essentiel de soutenir les personnes-ressources — leaders, coordinateurs, bénévoles engagés — qui sont souvent en première ligne. Leur offrir des espaces de recul, de supervision ou d’échange permet d’éviter l’épuisement et les décisions prises sous pression.
Enfin, ne pas perdre de vue le cœur du projet. Les groupes qui traversent ces tempêtes ont souvent une raison d’être forte. Revenir à cette intention initiale, redonner du sens, permet de ne pas laisser la dynamique toxique redéfinir l’identité du collectif.
Dans une approche centrée sur la personne, telle que développée par Carl Rogers, il est fondamental de rappeler que chaque individu agit à partir de son propre vécu, de ses blessures, de ses mécanismes de défense. Comprendre cela ne signifie pas tout accepter. L’empathie ne doit jamais se faire au détriment du cadre. Accueillir la personne, oui. Tolérer la destruction du lien, non.
Protéger un collectif, ce n’est pas exclure par rejet. C’est parfois poser une limite claire pour préserver un espace dans lequel chacun peut évoluer en sécurité, dans le respect et la confiance.
Car au fond, un groupe sain n’est pas un groupe sans tensions. C’est un groupe capable de les traverser sans perdre ni son humanité, ni ses objectifs !
Vous avez manqué les épisodes précédents ? Les voici ci-dessous :
Épisode 1
Épisode 2
Tribune par
Caroline et Stéphanie
