Le jour où “merci” et “bonjour” ont pris leur retraite anticipée !

Scène en papier découpé et modelage de style stop-motion sur fond blanc : un personnage aux membres fins se prend une porte en papier kraft dans le visage alors que la personne devant lui s'éloigne sans la tenir. On distingue les textures de papier froissé sur les vêtements, des visages lisses comme de l'argile et des petits yeux noirs minimalistes.

À pied, en voiture, dans les magasins ou derrière un écran, plus aucun espace n’échappe à cette dérive silencieuse : celle de la disparition des règles élémentaires de savoir-vivre.

Les mots “bonjour”, “merci”, “pardon”, “au revoir”, ces piliers de la vie en société semblent relégués au rang de vestiges d’un autre temps. Comme s’ils étaient devenus optionnels. Superflus. Inutiles. Victimes d’amnésie collective !

Et pourtant, ce sont eux qui font toute la différence.
Des exemples ? Ils sont partout. Ils sont quotidiens.

À l’école, le constat est frappant. Chaque matin, un “bonjour” est adressé aux parents. Un geste simple, presque automatique. Et pourtant, à peine une poignée répond. Pas les enfants — les parents. Ceux-là mêmes qui sont censés transmettre les bases du respect et des codes sociaux. Alors comment s’étonner ensuite que les enfants peinent à les intégrer, quand les adultes eux-mêmes n’en montrent plus l’exemple ?

Dans les magasins, la scène se répète inlassablement. On se bouscule sans un regard, sans un mot. Ni “pardon”, ni “excusez-moi”. À la place, des regards fermés, parfois même accusateurs, comme si le tort venait toujours de l’autre. Certains passent devant vous sans demander, sans hésiter, persuadés que leur temps vaut plus que le vôtre.

Et pendant ce temps-là, mon fils et son petit truc en plus, avec sa spontanéité et sa sincérité désarmantes, lance des “bonjour” enthousiastes à chaque personne croisée. Aux clients, aux caissières, à tous. Mais en face, le silence. Encore et encore.

Jusqu’à cette question, brutale de vérité :

— “Maman, pourquoi personne ne me dit bonjour ?”

Que répondre à cela ? Comment justifier que la politesse la plus simple devienne une exception ?

Alors oui, les mots sortent, un peu amers :

— “Parce que certaines personnes oublient simplement d’être respectueuses.”

Et puis il y a ces situations encore plus révélatrices. Ces regards lourds de jugement lorsque vous avez une carte prioritaire, mais que, visiblement, votre handicap ne correspond pas à ce que certains imaginent. Comme s’il fallait prouver, justifier, exposer. Comme si la souffrance devait être visible pour être légitime.

Dans ces moments-là, ce n’est plus seulement de l’impolitesse. C’est un manque cruel d’humanité.

Sur la route, le constat est tout aussi inquiétant. Le code de la route devient une option plutôt qu’une règle. Clignotants oubliés, distances de sécurité inexistantes, agressivité permanente… Certains conduisent comme s’ils étaient seuls au monde, transformant chaque trajet en épreuve.

Et que dire des échanges numériques ? Les mails, les messages… censés faciliter la communication. Aujourd’hui, ils la déshumanisent. Les formules de politesse disparaissent, remplacées par des phrases sèches, directives, parfois abruptes. Plus de “bonjour”, plus de “merci”. Juste des demandes, des exigences. Comme si l’écran autorisait tout, y compris l’oubli du respect.

Mais au fond, la question est simple : à quel moment avons-nous décidé que les autres ne méritaient plus ces petites attentions, marques de respect ?

Pourquoi agir comme si nous étions seuls, comme si notre temps, notre espace, notre personne valaient plus que ceux des autres ?

Cette attitude traduit une chose : une illusion de supériorité. Discrète parfois, mais bien réelle. Une manière de se placer au-dessus, sans même en avoir conscience. Un sentiment de toute puissance, seul au monde, individualiste, égocentrique…

Et pourtant, pour ceux qui continuent à dire “bonjour”, “merci”, “excusez-moi”, de simplement respecter un savoir-vivre ensemble — ce n’est pas un effort. C’est une évidence. Une façon d’être. Une base.

La politesse n’est pas une contrainte. C’est un lien. Un repère. Une preuve de considération.

La perdre, ce n’est pas simplement perdre des mots.
C’est perdre un peu de ce qui fait de nous une société.

Alors non, dire “bonjour” ne changera pas le monde.
Mais ne plus le dire, petit à petit, le détériore.

Post-Scriptum :

Le numérique : un révélateur plus qu’une exception
On pourrait croire que le monde numérique obéit à d’autres règles. En réalité, il agit surtout comme un révélateur — et parfois comme un amplificateur de nos angles morts.
Derrière un écran, l’autre devient abstrait. Il n’a plus de regard, plus de présence immédiate. Et dans cet espace désincarné, les mots partent plus vite, plus bruts, parfois plus durs. On écrit ce que l’on n’oserait pas dire. On répond sans attendre. On réagit sans filtrer.
Là où une hésitation, un silence ou un regard auraient tempéré un échange en face à face, le numérique laisse toute la place à l’impulsion. Les majuscules deviennent des cris, l’ironie devient une attaque, l’absence de réponse devient un message en soi.
Pourtant, les principes restent les mêmes — presque banalement les mêmes. Respecter la vie privée. Ne pas diffuser sans consentement. Prendre le temps de relire avant d’envoyer. Accepter que tout ne mérite pas une réponse immédiate, et que certaines conversations méritent mieux qu’un écran.
Peut-être qu’une règle simple suffirait à réintroduire un peu de mesure : écrire comme si l’autre était en face. Non pour se censurer, mais pour se rappeler que, même à distance, la relation est bien réelle.

Petit florilège de savoir-vivre non exhaustif
(sans mode d’emploi… mais avec bon sens)

Faciliter la vie en société, ce n’est pas une compétence rare. C’est souvent une somme de micro-gestes simples… qu’on oublie étonnamment vite !

Respect des autres (oui, même inconnus)

  • Dire bonjour en entrant quelque part (si, si, ça compte encore)
  • Utiliser les mots magiques : s’il vous plaît, merci, excusez-moi
  • Laisser les gens finir leurs phrases (ils y tenaient, en général)
  • Accepter qu’on puisse ne pas être d’accord (une opinion n’est pas vérité)
  • Parler calmement (toujours mieux pour avoir l’oreille de l’autre)
  • Écouter vraiment (spoiler : hocher la tête en scrollant ne trompe personne)
  • Adapter son ton et ses mots selon le contexte (oui, même au travail)
  • S’excuser quand on se trompe (ça ne diminue pas, ça élève)
  • Sourire (c’est gratuit, et ça détend le corps et l’atmosphère)
  • Faire preuve de patience, d’empathie (les autres ont aussi une journée compliquée)
  • Donner un coup de main quand c’est possible (c’est une joie de recevoir le sourire de l’autre)
  • Rester humble, se remettre en question (oui, même quand on a raison)

Vie en communauté (aka : les autres existent)

  • Respecter la file d’attente sans tenter une stratégie de contournement douteuse
  • Laisser sa place à ceux qui en ont besoin (et éviter de regarder ailleurs pour ne pas voir)
  • Tenir la porte derrière soi (un nez cassé est douloureux)
  • Éviter de couper la route pour rentrer dans un lieu clos (Tout le monde est pressé)
  • Baisser le volume dans les transports (ta vie est passionnante, mais pas pour tout le wagon)
  • Couper le haut-parleur de ton téléphone (ta vie ainsi que celle de ton interlocuteur est passionnante, POUR TOI)
  • Jeter ses déchets… dans une poubelle (concept révolutionnaire)
  • Réduire le bruit, surtout la nuit (les murs ne sont pas en béton émotionnel)
  • Respecter les espaces communs (ils ne se nettoient pas tout seuls)
  • Prévenir en cas de fête ou de travaux (ça évite les déclarations de guerre passive-agressive)
  • Dire bonjour à ses voisins (non, ce n’est pas un engagement à vie)
  • Être ponctuel (arriver à l’heure, c’est déjà une forme de respect)
  • Tenir ses engagements (ou prévenir quand ce n’est pas possible)
  • Éviter les critiques gratuites (elles sont rarement productives surtout sans proposition d’alternative)

À table (civilisation en miniature)

  • Attendre que tout le monde soit servi (personne ne va te voler ton assiette)
  • Éviter de parler la bouche pleine (le postillon de hachis n’est pas apprécié, et on ne comprend rien)
  • Ne pas mâcher la bouche ouverte (cela évitera l’envie de meurtre)
  • Utiliser les couverts avec dignité (inutile de faire de la batterie)
  • Remercier la personne qui a cuisiné (même si c’était simple, ça fait plaisir)

Le savoir-vivre numérique (là où tout dérape à vitesse grand V)

Le numérique donne une illusion étrange : celle que l’autre n’est pas vraiment là. Résultat, on écrit des choses qu’on ne dirait jamais en face… et on oublie que derrière chaque écran, il y a une personne réelle, souvent sans le son et pour ajouter à la difficulté, souvent, un décalage horaire.

Quelques préceptes simples pour éviter de transformer les réseaux en défouloir :

  • Ne pas répondre à chaud : l’impulsivité est mauvaise conseillère, surtout avec un clavier
  • Éviter les messages agressifs ou ironiques mal dosés (l’écrit amplifie tout… sauf les nuances)
  • Respecter la vie privée : ne rien partager sans accord (photos, messages, informations)
  • Répondre aux messages importants dans un délai raisonnable (le silence peut aussi être une réponse… mais rarement la meilleure)
  • Faire attention aux majuscules et à la ponctuation excessive (NON, CE N’EST PAS PLUS CLAIR)
  • Ne pas débattre pour “gagner”, mais pour comprendre (oui, même sur les réseaux)
  • Se souvenir que l’absence de regard et de ton crée facilement des malentendus
  • Bonjour, Hello, ne sont pas non plus superflus lorsque l’on s’adresse à l’autre
  • Éviter les implicites, et soyez simple, clair dans vos messages (ou passez un coup de fil)
  • Ne jamais faire de ghosting (c’est une technique de manipulation, très violente)

En résumé : si tu ne le fais pas dans la vie réelle, ne l’écris pas. Et si tu hésites… relis avant d’envoyer.